BRIZURES – photographies de Suzanne Dricot

Faillir, c’est signaler l’absence de perfection, humaine ou naturelle. La faille, ce qui résulte de cette fragilité constituante, n’est alors qu’un dévoilement au-delà de la lisse apparence. Toute brisure est métamorphose, passage et déchéance d’un rôle, émergence d’un nouveau. 

L’œil de Suzanne (Dricot) s’est posé pour cette série sur ce processus immobile, décliné en diverses fractures à même diverses surfaces de verre. Son objectif observe la violence initiale, le choc générateur comme une lentille télescopique le big-bang, déployant lentement toute vie dans l’espace. 

C’est toujours un coup de foudre entre Suzanne et son sujet ; l’œil vagabonde, parfois échoue au hasard de sa dérive sur quelque élément aimable ; sous l’emprise du beau, l’artiste reviendra à différentes heures éprouver la surbrillance, la transparence de ses sujets sous la lumière changeante ; toutes ombres et formes nouvelles se glisseront alors dans les plis de l’objectif. 

 Comme pour ses précédentes séries, on ne manque pas d’être frappé (comme le verre) par le bouillon de vies et de mouvement générés par ces rencontres fructueuses. Le renfort de contrastes lumineux opéré en post-production fera sourdre la couleur en disséquant la présence discrète des rayons solaires. Laissez votre imagination nager dans ces primordiaux océans peuplés d’espèces étrangement familières…

 La pulsion de vie est au centre du travail de l’artiste ; au sens freudien de ce terme d’abord, volonté de prolonger le vivant partout, de le voir naître et déborder sur les surfaces les plus fixes. Mais, dans une seconde mesure tout aussi importante, cette vision devient mise en mouvement ; la pulsion se mue alors en impulsion, et chaque noyau que vous pouvez observer retransmet la cinétique qui l’a fait naître en s’éloignant de son épicentre. Parfois, la prolongation seule suffira à l’artiste et la craquelure se tissera, liquide en partance vers l’hors-champ. Sensible à la photographie naturelle, Suzanne dans son travail cherche à insuffler tantôt le plané d’une buse, les bruissements d’une forêt vibrant en maints lieux secrets et découverts, les pierres grégaires d’un littoral écossais… 

 En un mot, sous l’œil de Suzanne, la vie continue.                                                                                                                           Noé Raoulx