ALLONS AU JARDIN ! peintures de Christine Engelhard et sculptures céramique d’Anne-Sophie Migné

Allons au jardin !

 

Pensé comme un dialogue entre l’artiste peintre Christine Engelhard et la sculptrice céramiste Anne-Sophie Migné, l’exposition Allons au jardin ! est à l’origine le fruit d’une amitié autour de la pratique artistique.

J’ai rencontré Christine à Toulouse où elle se rendait chaque semaine, depuis l’Ariège où elle a fondé une ferme d’élevage, pour y suivre comme moi des cours de pratique artistique contemporaine sous la houlette de Mathilde du Mesnildot, peintre et vitrailliste. Son énergie, sa palette très colorée et son optimisme m’ont tout de suite séduite et je lui ai suggéré de monter un projet d’exposition ensemble, il y a de cela déjà trois ans. Elle peignait déjà le paysage, de manière plutôt figurative alors. J’avais déjà moi-même entamé une réflexion sur la sculpture paysage, non pas comme s’inscrivant dans le mouvement du land-art, mais plutôt comme une approche abstraite de forme et de matière, en y introduisant aussi la couleur.

Mon parcours d’étudiante en littérature m’avait familiarisée avec la poésie contemporaine. C’est le titre d’un recueil de Philippe Jaccottet, Paysages avec figures absentes, qui a orienté notre projet. Lu ensemble nous avons tenté de défricher sinon de déchiffrer ce qui pouvait nous émouvoir chacune et comment nous pourrions glaner les fruits d’un texte qui se dérobe sans cesse. En effet dans la lecture de Philippe Jaccottet, le peintre retient la couleur quand le sculpteur repère les interstices, les trouées. C’était très ambitieux, trop sans doute pour un travail qui ne pouvait se faire qu’à distance. Nous avons cependant poursuivi ce chemin. J’ai alors pris le parti de me nourrir des couleurs et des quelques formes que Christine était parvenue à extirper de ces paysages.

Du paysage au jardin

Dans l’espace d’exposition qu’est une galerie, il ne s’agissait pas de simplement présenter quelques objets sur des socles pour que la notion de paysage ou de jardin apparaisse. Mais la notion de jardin s’est d’autant plus imposée qu’il s’agit d’un espace clos. « Créer un jardin, c’est établir une partition dans l’espace : un dedans au sein du dehors ». Finley, paysagiste-artiste britannique du 20ème siècle, cité par Jean-Pierre Le Dantec dans sa Poétique des jardins (Actes Sud 2011) rappelle également qu’ « un jardin n’est pas un objet mais un processus ». On se rapproche dès lors de l’installation, c’est-à-dire l’agencement d’un espace vécu et construit.

J’ai donc pris le parti de cette double entrée : d’un côté des objets paysages redoublant les paysages peints de Christine Engelhard, interrogeant leur rapport, et de l’autre un jardin de sculptures se jouant cependant de la catégorie sculpture comme objet ornemental dans un espace dédié originellement au vivant, la jardinière.

Si l’Ikebana est l’art de faire vivre les fleurs, comment pourrait-on nommer cette proposition ? L’art de faire vivre la sculpture ? ou celui de dénoncer l’artifice du paysage ? Quel est véritablement le processus en cours ?

Avec Jaccottet je m’interroge encore : comment saisir en mot (en sculpture, en peinture) « l’énigmatique luminosité du crépuscule, une transparence et un suspens extrêmes » hormis dans le « comme si » ? » .

Allons au jardin !

                                                                                                                                                                            novembre 2026

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *